Projet pédagogique

Projet pédagogique de l'Institut de la Providence

Pour redire les convictions qui sous-tendent notre travail.

Pour dire qu’au-delà des lourdeurs institutionnelles, des résistances et restrictions de tous genres, du stress, de la fatigue :
Il y a des débordements d’êtres,
Il est possible de prendre du plaisir dans notre travail d’éducateur/formateur.

Comment ?

En prenant et en laissant…
En se surprenant et en se reprenant…
En donnant suite à ses nombreux élans…
En faisant des rencontres de soi et de l’autre…

Pour qui ?

Pour ceux qui donnent au monde leur être et tout ce qui n’est pas contrôlable…
Pour les faibles qui jouent les forts et pour les forts qui ont des failles…

Notre projet pédagogique s’inscrit dans une volonté d’éclairer les atouts, les ressources de notre réalité multiforme et de refuser par là même les discours, les actions paternalistes ou misérabilistes. Conformément aux valeurs évangéliques que nous défendons, notre logique est celle de l’accueil et de la formation de tous, pas celle de la sélection.
Notre projet est le fil rouge qui relie notre mosaïque intérieure.
C’est la mise en résonance de l’école avec les enseignants, les élèves et la société.
Nous tenterons, ici, d’en dire quelques mots.

Au sujet de l’école

Bouillonnante, complexe, fruit d’innombrables éléments en interaction et de logiques diverses qui s’enchevêtrent. Face à la complexité du monde, l’école invite à la recherche, à l’expérimentation pour doter les jeunes accueillis des meilleures armes qui les rendent acteur de leur propre vie. Une école où la gestion systémique remplace la gestion linéaire et renvoie chacun à ses propres responsabilités. Un lieu qui, parce qu’il n’occulte pas ses fractures, permet à de nouvelles pratiques d’émerger.

L’école se doit de proposer aux jeunes des connaissances qui s’ancrent dans un contexte, une histoire connectée avec les questions fondatrices qui leur ont donné naissance. Permettre au jeune de relier ce qui est tissé ensemble, de contextualiser, de globaliser mais en même temps de reconnaître le singulier, l’individuel.

L’école se doit de développer chez le jeune, la maîtrise de compétences, d’habiletés intellectuelles et manuelles, des savoirs êtres qui l’aident à construire son rapport à lui-même, aux autres et au monde.

L’école se doit d’accompagner le jeune dans un accès progressif à la parole socialisée pour la substituer à la violence. Elle doit aussi permettre au jeune de se déployer dans sa propre parole en ne se coupant pas des autres.

L’école se doit de s’interroger sur le rapport au savoir et à l’apprentissage qu’elle induit, sur le sens des connaissances proposées et la manière d’amener le jeune au transfert de celles-ci dans des contextes élargis.

L’école se doit, étant donné le renouvellement rapide des connaissances, de réactualiser régulièrement les savoirs et les techniques proposés, de les articuler aux réalités sociales, économiques et culturelles de notre époque et d’intégrer les nouvelles technologies dans sa pratique.

Au sujet de l’élève

Dans le processus d’appropriation des compétences, des savoirs et des techniques, on privilégiera les méthodes qui favorisent l’autonomie de l’élève, le développement de sa curiosité, de son désir et de sa capacité d’apprendre progressivement par lui-même. On visera, de cette manière, la construction d’un jugement personnel ainsi qu’une autoévaluation référée à des critères pertinents, conscients et convenus.

Une place centrale sera faite au questionnement, qui évite tout dogmatisme, à la dialectique qui confronte les points de vue, à la résolution de problèmes, qu’ils soient présents dans la réalité ou proposés à la curiosité des esprits.

Le jeune maîtrisera d’autant mieux son apprentissage que celui-ci aura été le fruit d’un dialogue et d’une interaction constante avec autrui : maîtres, condisciples, acteurs du passé. La formation conçue ainsi dans sa dimension d’œuvre collective et réciproque comprendra aussi la relation aux experts, aux documents, matériaux et instruments de référence.

On perçoit l’importance que revêt dans ce cadre la maîtrise de la langue d’enseignement, orale et écrite, comme instrument de communication, de développement de la pensée analytique, de l’intelligence critique et de l’esprit de synthèse autant que d’intégration sociale et de créativité.

Dans cette conception de l’apprentissage, la dimension affective ne peut être négligée, pas plus que le rôle du désir, de l’émotion, des empathies.

Cette approche de l’apprentissage engage à prendre en considération la différence des acquis, des motivations, des rythmes, des milieux socioculturels. Il n’y a ni voie unique ni système-miracle. La bonne méthode est plurielle : c’est elle qui fait progresser et réussir, qui respecte la personnalité de l’élève et du maître, sans négliger pour autant les efforts de standardisation des objectifs et des compétences évaluables au terme du degré ou des études secondaires.

Cette standardisation équilibre et complète la différenciation des moyens d’apprentissage. Elle met pratiquement l’école et ses différents acteurs – enseignants et apprenants solidaires – devant une obligation de résultats. L’effort de démocratisation des études, qui a déjà permis l’accès des études secondaires à l’ensemble de la population, doit viser l’idéal d’une vraie réussite de chacun, dans toutes les dimensions de la personne. Cette visée féconde situe l’ensemble de la scolarité obligatoire dans une perspective qui favorise l’orientation de l’élève et la maturation de son projet personnel, plutôt que dans une perspective de sélection par l’échec.

Doter chaque élève des compétences et des savoirs nécessaires à la poursuite de son projet, exiger de chacun son maximum d’excellence, favoriser l’égalité des chances en assurant à certains un surcroît d’attention et de moyens, à d’autres, par contre, des performances à leur mesure et, à tous des défis, c’est dans cette vision démocratique que l’école visera l’égalité des résultats.

Au sujet des enseignants

Rappelons l’importance de leur rôle et de leur engagement singulier et collectif qui permettra la concrétisation des objectifs poursuivis. Ils agissent comme réels acteurs politiques de la société. A ce titre, leur participation à la transformation du métier est incontournable et requiert :

  • Le travail sur ses représentations et l’élargissement de son champ de vision/interprétation
  • Le questionnement du « déjà là » afin d’éviter l’enlisement des idées
  • La capacité à débattre des contradictions et à définir des actions communes
  • Une gestion plus collective de la fonction
  • L’exploration de pistes nouvelles
  • La mise à distance par l’analyse et la confrontation à d’autres points de vue pour élargir le champ d’action
  • Dissocier l’évaluation, instrument d’autorité, d’une évaluation qui attesterait des apprentissages réels
  • Refuser d’être juge et arbitre
  • L’événement d’enseignants chercheurs…..

Au sujet de la société

Cette tension vers l’obligation de résultats, qui vise l’exhaussement du niveau de culture et de compétence de l’ensemble de la population, exige un climat de coopération et de solidarité, initiation à la vie en société. Elle implique la conviction que tous peuvent réussir, et en même temps que rien ne s’obtient sans effort.

Là aussi, le respect des différences, l’écoute, la mise en valeur de la variété des talents, la patience, la constance devant la diversité des maturations intellectuelles et affectives seront les gages du succès. L’échec lui-même, s’il devait avoir lieu, pourrait avoir un sens à condition d’être compris par le jeune, d’être accompagné et surtout « positivé ».

Ces pratiques, vécues dans la difficulté bien réelle de publics de plus en plus hétérogènes, appellent nécessairement au cœur même de la classe et de l’école, conçues comme un lieu de construction active de soi et de socialisation, des règles de vie en commun, une habitude du respect réciproque, le refus de la violence et une progressive intériorisation de la loi.